Aimer

Aimer la vie, même quand je n’ai plus aucune certitude pour me rassurer, même quand le brouillard envahit tout et que plus aucune perspective n’apparaît à l’horizon. Quand seules les croyances terrifiantes murmurent à mon oreille, quand seuls mes pires cauchemars se reflètent dans ma tête.

Aimer la vie PARCE QUE je n’ai plus aucune certitude pour me rassurer, PARCE QU’aucune perspective n’apparaît à l’horizon, PARCE QUE tout ce qui demeure est mon pire cauchemar, ma plus grande frayeur, mon plus grand chagrin.

Aimer la vie PARCE QUE tout semble perdu et qu’il devient alors possible, dans un ultime lancer de dé, de prendre le risque de s’abandonner.

Aimer la vie parce que dans cette expérience terrifiante réside le plus grand cadeau qu’elle puisse me faire : contempler, nommer mon pire cauchemar, ma plus grande frayeur, mon plus grand chagrin. Creuser en moi pour accéder à leurs racines profondes. Eclairer de façon implacable tout ce qui a le pouvoir de me faire oublier que l’amour est la trame de ce monde et m’étonner de cette espèce d’évidence qui me porte à toujours m’envisager malheureux dès lors que je perds le contrôle illusoire de mon existence. Comprendre à quel point cette tentative de contrôle est à la mesure de mon besoin de rassurance, lui-même à la hauteur de mes peurs.

Aimer la vie parce que c’est le seul choix qui permette de faire taire mes démons intérieurs, parce que c’est le seul chemin qui me permette d’accéder au sommet de la falaise et d’embrasser la totalité du décor.  

Voir que tant que je nourris mes peurs, j’empêche la joie de se manifester.

Comprendre qu’accepter l’expérience présente n’est pas renoncer à la voir se transformer et choisir sur quelle force m’appuyer : la peur ou l’amour.

Alors aimer, aimer, aimer encore et toujours, même quand il me semble que c’est impossible. Même quand le risque me semble trop grand. Même quand cela ne semble avoir aucun sens.

Parce que ce qui s’oppose à la mort, ce n’est pas la vie mais l’amour.

Alors aimer pour ne pas mourir.

Aimer parce que c’est la seule chose qui soit réelle.

Aimer.

© Laurence Villevieille – Septembre 2022